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Friday, June 14, 2013

Docteur Fred, c'est quoi la mort ?


Il y a environ trois semaines, une patiente oligophrène me demandait "Docteur, vous savez ce qu'il y a quand on est mort ?". A cette question métaphysique, ma réponse ne pouvait être que décevante et je n'ai pu lui faire part que de mon ignorance. Sa question était néanmoins légitime parce qu'elle résume en quelques mots la condition humaine.

Nous savons tous que nous allons mourir mais nous nous efforçons de ne pas y penser pour rendre notre quotidien tolérable. Il n'y a que la mort ou les maladies graves de nos proches qui nous le rappellent parfois. Nous mettons alors toute notre énergie à très vite l'oublier pour ne pas sombrer dans les pires angoisses existentielles et ne pas perdre le peu de sens que nous avons réussi à mettre dans nos vies.

Parce qu'au final c'est un peu absurde de vivre, non ?

Il y a cette chanson des Smiths "Cemetry Gates" que j'aime beaucoup et qui résume très bien les choses. Ca se déroule dans un cimetière (oui vous vous en doutez ce billet n'est pas des plus gais)  :

"So we go inside and we gravely read the stones
All those people all those lives
Where are they now?
With the loves and hates
And passions just like mine
They were born
And then they lived and then they died
Seems so unfair
And I want to cry"

Donc la vie c'est ça : on naît, on vit et on meurt. Peu importe ce qu'il va arriver, c'est toujours comme ça. J'aime à penser qu'il faut donc être un peu hédoniste mais aussi un peu généreux pour donner un peu de sens à cette courte apparition que nous faisons tous sur le théâtre de la vie. J'aime à penser que ça aurait encore moins de sens de n'être que figurant de cette production bigbang-esque. J'aime à penser que ce n'est pas nécessairement le premier rôle qu'il faille obtenir mais peut-être tout simplement son propre rôle, celui qui nous convient à nous et pas nécessairement à notre voisin.

Parce qu'au final, il s'agît bien de cela : être acteur de sa vie et de sa destinée pour y jouer son rôle. Ne pas copier le rôle des autres ou de nos parents. S'efforcer de toute notre âme, et même si certains de nos choix sont inconscients, d'y mettre du nôtre parce qu'un jour ce sera l'heure de notre dernier souffle.

Et quoi de pire au moment de notre dernier souffle que de se dire avant que tout s'arrête "j'aurais dû faire ci ou je regrette d'avoir fait ça". Je ne suis pas certain qu'on meure sans regrets mais ne faut-il pas essayer de mourir pour le moins apaisé ? Que notre dernier souffle ait du sens et résonne avec notre vie. Que l'on puisse se dire "c'était une belle aventure au final, je ne regrette rien" avant de fermer les yeux à tout jamais.

Il y a aussi ce que disent les patients. Certains, après l'annonce d'un diagnostic de maladie incurable, arrivent étonnamment à y voir plus clair dans leur vie et à utiliser le temps qu'il leur reste pour y apporter plus de sens.

La seule chose que l'on puisse faire ici bas c'est donc d'essayer de donner du sens à notre vie. Pour le reste, il y a la foi. J'aimerais bien l'avoir mais j'ai beaucoup de mal. Pourtant cela doit être si agréable d'être convaincu de savoir ce qu'il y a après la vie. Ca ne m'enlèvera pourtant jamais le doute qu'il puisse ne rien y avoir du tout.

Il pourrait aussi y avoir quelque chose d'autre que ce que les religions nous promettent. Les récits d'expérience de mort imminente (near-death experience en anglais) sont souvent fascinants et si l'on ne pourra jamais apporter la preuve de leur caractère "réel", force est de constater qu'ils sont souvent très apaisants pour ceux qui les ont vécus. J'ai en mémoire cette patiente qui m'avait relaté sa propre expérience de mort imminente pendant laquelle elle avait pu échanger avec sa fille récemment décédée. Cet échange l'avait beaucoup aidé dans son travail de deuil et lui avait permis de redonner du sens dans sa vie.

Je me souviens aussi de la mort de mon père qui agonisant, à 84 ans, appelait sa mère au secours. "Maman, maman, maman..." Voir la détresse de son propre père face à la douleur et le voir régresser à un stade infantile, ça fait aussi réfléchir sur le sens de la vie et le mouvement de balancier entre la vieillesse et l'enfance. Ce serait beau de croire à la réincarnation et de se dire qu'après la mort, il y a la vie. Et de penser que notre univers ne fait que connaître des phases d'expansions et de rétractions avant  chaque nouveau Big Bang lui-même à l'origine d'un univers identique dans lequel l'on pourrait parfois changer une chose ou deux, histoire de croire à la liberté...

Mais pour l'heure, je crois qu'il faut vivre alors oubliez vite ce texte et mettez une petite dose d'hédonisme et de sens dans votre vie...


Tuesday, June 11, 2013

Docteur Fred, c'est quoi l'Amour ?


Je ne suis pas certain qu'un psychiatre soit la personne la mieux qualifiée pour définir l'amour et loin de moi l'idée de sombrer dans la dérive contemporaine qui consiste à penser que les psys ont réponse à tout. Néanmoins, qu'on le veuille ou non, on est confronté, en tant que psy, à l'Amour avec un grand A au quotidien, tout simplement parce que ce sentiment merveilleux est aussi à l'origine des pires souffrances et des pires angoisses.

Alors au final c'est quoi l'Amour ?

La meilleure définition que je puisse en donner est qu'il n'y en a pas parce que l'Amour ce n'est pas une liste de pour ou de contre, ce n'est pas rationnel, ce n'est pas simple, ce n'est pas logique, ce n'est pas voulu.

L'Amour c'est ce sentiment qui arrive à l'improviste sans qu'on s'y attende et qui change tout. L'Amour c'est ce qui nous rend plus léger que l'air et nous fait nous envoler. L'Amour c'est ne plus penser au lendemain et se sentir vibrer en phase avec l'univers. L'Amour c'est à 70 ans, dire je t'aime comme la première fois à 15 ans.

L'Amour c'est ce sentiment qu'on pense éternel alors qu'on le sait éphémère. L'Amour c'est ne plus penser à autre chose qu'à l'être aimé comme un obsessionnel ne pense plus qu'à ses "TOCs". L'Amour c'est être terrassé par le manque quand l'autre n'est pas là.

L'Amour c'est s'approcher du divin en traçant une ligne simple et droite dans notre vie et en lui donnant un sens. L'Amour c'est s'affranchir de ses angoisses existentielles. L'Amour c'est se reconnaître dans l'autre. L'Amour c'est d'abord penser à l'autre.

L'Amour c'est pouvoir, quand ça ne va pas, s'endormir sur les genoux de l'être aimé en se sentant apaisé et protégé.

L'Amour c'est tout quitter pour partir à l'autre bout du monde rejoindre l'être aimé et ne jamais le regretter.

L'Amour c'est pardonner la pire des trahisons parce que l'être aimé et l'Amour qu'on lui porte comptent plus que sa fierté.

Mais...

Parce qu'il y a bien un Mais avec un grand M.

L'Amour c'est aussi courir le risque de connaître les pires maux psychiques le jour où il n'est plus partagé. L'Amour c'est perdre tout sens qu'on ait pu donner à sa vie et se retrouver apathique et aboulique à l'improviste sans l'avoir cherché.

L'Amour c'est être terrassé par le départ de l'autre. L'Amour c'est penser, lorsqu'il s'échappe, qu'on ne pourra plus revivre cela et de ne pouvoir se raisonner ni s'arrêter de trembler comme une feuille morte.

L'Amour c'est donc prendre un Risque qu'on ne peut calculer. C'est courir ce Risque d'être heureux très longtemps ou de souffrir à jamais.

L'Amour c'est ce qui nous rend humain, capable du meilleur mais aussi du pire. L'Amour c'est un jour faire tout pour l'être aimé et un autre tourner la tête lorsqu'on le ou la croise dans la rue sans même lui adresser la parole.

Mais s'il n'y avait pas l'Amour, comment pourrait-on vivre ?